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Financer la transition énergétique et écologique : mode d'emploi

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Vous souhaitez agir en faveur de la transition énergétique et écologique efficacement ? Pour ce faire, quels écueils éviter ? Comment mettre le bon sens au service des eco-solutions ? Mode d'emploi !

Jean-Guillaume Péladan

De rebelles à modèles

Energiewende, Green Deal, écologie intégrale (1), économie positive, anthropocène. Ces termes qui étaient, il y a encore peu, utilisés par une poignée de précurseurs, descendants sulfureux des penseurs du Club de Rome et du rapport de 1972 The Limits to Growth, appartiennent aujourd’hui au langage commun.

Pourtant les précurseurs faisaient sourire à leurs débuts. En 2005, les Toyota Prius étaient rarissimes et les vélos partagés en zone urbaine à Vienne, à Barcelone ou à Lyon étaient regardés comme des curiosités. Aujourd’hui, plus personne n’oserait faire une réflexion déplacée à l’un des millions de conducteurs de Prius à travers le monde et les élus des grandes agglomérations, qui n’ont pas encore leur système de vélos en libre service, passent pour des «has been» : même New York s’y est mise en 2013 !

En France, les succès d’Airbnb, Autolib ou Blablacar témoignent de l’essor de l’économie du partage. Dans le monde, les investissements en capacité additionnelle de production électrique dans les énergies renouvelables ont dépassé, en 2015, ceux dans les énergies fossiles.

Vous pensez basculement ? Vous avez raison. Si l’ancien paradigme d’un monde fossile reste omniprésent, sa lente agonie est amorcée et de nouveaux modèles émergent: bienvenue dans l’ère de la transition !

Si l’ancien paradigme d’un monde fossile reste omniprésent, sa lente agonie est amorcée et de nouveaux modèles émergent : bienvenue dans l’ère de la transition !

Mais comment protéger les actifs des risques croissants portés par cette transition (risques de procès, boycott de produits, scandale environnemental, futures taxations ou «stranded assets») ? Comment en saisir les opportunités ? Comment agir en faveur de la transition énergétique et écologique ?

Des écueils à éviter

Pour un investisseur, le chemin peut être très simple ou semé d’embûches selon son approche et son expertise.

Le premier écueil consiste à se focaliser sur un seul enjeu (2). Prenons le climat, enjeu environnemental mondial au coeur de l’actualité de 2015 grâce à la COP21. Adopter un angle de vue purement climatique peut aboutir à des choix que le simple bon sens récuse. Si nous prenons comme critère unique l’efficacité en éqCO2 pour décliner une politique de décarbonisation appliquée à l’automobile, nous serons mécaniquement conduits à privilégier le diesel par rapport à l’essence, car il émet environ 15% de gaz à effet de serre en moins. Or, les motorisations à essence émettent moins de NOx et de particules fines que le diesel. Ainsi, sans incorporer la qualité de l’air dans notre décision d’investissement, nous ferions un contresens majeur. Plus largement, la récente étude de l’OMS sur la mortalité affirme qu’un quart des morts dans le monde est attribuable à un environnement dégradé et que plus de la moitié de ces morts est liée à la mauvaise qualité de l’air (3). En résumé, le produit d’une stratégie mono-enjeu peut déplacer le problème sans le résoudre.


Le deuxième écueil: se tromper de périmètre d’analyse. L’impact carbone, qui jouit d’une nomenclature standardisée (scopes 1, 2, 3), nous réserve des illustrations savoureuses. L’empreinte carbone d’une automobile se décompose en moyenne (4) en 3% pour le constructeur (scopes 1 et 2 incluant la consommation d’énergie), 17% pour les sous-traitants (scope 3 amont) et 80% pendant l’utilisation du véhicule (scope 3 aval). Or de quoi dispose un investisseur aujourd’hui ? Au mieux des émissions rarement auditées des scopes 1 et 2, voire du premier rang de fournisseurs, soit 3 à 5% de la vision. A ce stade-là, il ne s’agit pas de myopie mais de cécité. Mais il y a pire! Les émissions directes et indirectes ne constituent que la moitié du sujet. Prenons un fabricant d’isolants comme Rockwool ou Isover (Saint-Gobain): fabriquer des isolants en laine de roche ou en laine de verre est très énergivore et forcément très émissif de CO2. Pourtant, une fois installé, un isolant va permettre d’économiser une centaine de fois au moins l’énergie requise pour sa fabrication. Mais bien que l’isolation constitue une écosolution, une sélection simpliste « bas carbone » conduira à l’écarter d’un portefeuille d’actions faussement qualifié de bas carbone. Retenons donc qu’il faut détecter les impacts positifs autant que l’empreinte environnementale.

Le troisième écueil réside dans le dénominateur. Une fois les impacts positifs et négatifs estimés, il reste à les jauger. Par quoi les diviser ? Par le chiffre d’affaires disent certains : ceux-ci vont mettre en portefeuille des constructeurs de grosses voitures chères et émettrices de CO2 au détriment de constructeurs de voitures plus petites et moins émettrices, car le ratio t éqCO2 émis par million d’euros de chiffre d’affaires inverse le classement. Divisons alors par la capitalisation boursière ou la valeur d’entreprise diront les autres : le ratio variera tous les jours au gré du cours de l’action et haro sur les voitures créant le plus de valeur pour l’actionnaire. Comment éviter la sortie de route ? Il faut tout simplement diviser par l’unité fonctionnelle fournie, en l’occurrence, dans le secteur automobile, par le kilomètre parcouru pour un passager ou par une tonne de marchandise.

Enfin, il existe bien d’autres écueils, comme se fier aux indices ou trackers bas carbone, tout miser sur l’innovation technologique ou se laisser peindre les lunettes par le greenwashing.

Penser solutions !

Face à ces écueils, le bons sens est de mise. Il nous suggère de :

  • Revisiter sa stratégie d’investissement à l’aune des opportunités et des risques de la transition énergétique et écologique. Cette étape est d’ailleurs imposée par le législateur aux investisseurs institutionnels en France depuis le 29 décembre 2015.
  • Elargir sa vision à l’ensemble de l’empreinte environnementale et aux impacts positifs.
  • Monter en compétence sur l’analyse environnementale : bonne nouvelle, ces compétences pointues abondent en Suisse (5) et en Europe !

Ainsi financer la transition énergétique et écologique revient à orienter sa gestion d’actifs vers les gagnants, à savoir les entreprises qui portent le plus de solutions à la transition, et loin des perdants qui concentrent les bombes à retardement environnementales. En bref, le mode d’emploi est simple : fuyez les produits généralistes aveugles à la transition écologique et énergétique et investissez dans les éco-solutions.

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Source : investnews Guide 2016 des Gérants de Patrimoines.

Références :
(1) Terme utilisé par le Pape François dans son Encyclique «Laudato si’» publiée en juin 2015.
(2) Lire à ce sujet l’excellente synthèse de Guillaume Sainteny, « Le climat qui cache la forêt », Rue de l’échiquier, octobre 2015.
(3) 7,3 millions par an sur 12,6 millions, World Health Organization, Geneva, « Preventing Disease through Healthy Environments», mars 2016.
(4) Sources: Carbone Disclosure Project, 2015 et analyse de cycle de vie de véhicules électriques et thermiques, véhicules particuliers, segment B et VUL, ADEME 2013.
(5) Avec des acteurs comme Quantis, Ecoinvent et l’EPFL.

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