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Redonner de la perspective aux stratégies entrepreneuriales

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A la découverte de l'ISR... Pour faire résonner performance durable avec respect de ses parties prenantes, quels défis s'imposent aujourd'hui à l'investisseur ? Quelles conditions sont nécessaires pour que l'investissement responsable prévale ? Interview de Geneviève Férone-Creuzet, directrice générale et co-fondatrice de Casabee.

L’acronyme SPICE signifie « Sustainable Performance in Challenging Environments ». Quels sont les principaux défis qu’un investisseur doit relever aujourd’hui pour générer une performance durable, dans le respect de ses parties prenantes ?

Les temps changent, la conscience relative aux enjeux environnementaux, au partage de la connaissance et du bien commun, gagne du terrain. En même temps, les attentes sont parfois contradictoires, entre davantage de sécurité contre la précarité croissante et plus d’autonomie dans les parcours professionnels. Les demandes grandissantes de transparence et de co-construction ainsi que les questionnements autour de l’utilité sociale percutent l’ancien modèle économique fossile fondé sur la consommation de masse et l’économie du volume ; les risques de disruption sont bien réels. Les lieux de représentation du pouvoir institutionnel, y compris l’entreprise, sont bousculés. Les cultures managériales deviennent plus horizontales sous la pression des jeunes générations « digital native ». La menace du changement climatique devient encore plus tangible pour les investisseurs qui se posent des questions légitimes sur le poids carbone de leurs portefeuilles.

L’analyse fondamentale SPICE, appliquée à la totalité des sociétés dans lesquelles Sycomore AM investit, intègre aspects financiers et extra-financiers et porte une attention particulière aux différentes parties prenantes de l’entreprise. Que pensez-vous de cette approche ?

Si nous acceptons de prendre du recul et de nous interroger sur la pertinence de faire converger aspects financiers et extra-financiers, la vraie question à se poser est la suivante : pourquoi cela ne va-t-il pas de soi ? Nous agissons comme s’il était acquis que se développaient parallèlement deux logiques en apparence incompatibles : investissement « responsable » d’une part et investissement « irresponsable » d’autre part. Ceci est peut-être l’expression d’un malentendu qui a la peau dure : l’extra-financier ne relève pas du champ économique. Certes, les enjeux sociaux et environnementaux ne sont pas tous possibles à monétiser ; ils relèvent davantage d’une analyse qualitative mais n’en demeurent pas moins inscrits dans le champ des performances économiques de l’entreprise.
Les entreprises dans lesquelles nous investissons pour valoriser notre capital ne sont pas en apesanteur,
déconnectées de toute forme de relation avec leurs parties prenantes, y compris celles opérant dans des secteurs B to B inconnus du grand public. Dès lors, élargir le champ d’évaluation de la performance est au contraire une façon pertinente de redonner de la perspective aux stratégies entrepreneuriales, en allant au-delà des indicateurs strictement financiers plus homogènes et simples à traiter mais aussi plus réducteurs. De fait, les filtres extra-financiers appliqués à la gestion limitent les risques et enrichissent l’analyse et la connaissance des fondamentaux, à condition toutefois d’élaborer une méthodologie exigeante et robuste.

Quels grands changements envisagez-vous au cours des cinq prochaines années dans le domaine de l’investissement responsable ?

Nous pourrions imaginer sortir de l’ornière réglementaire, sans souffle ni perspective, éviter la tentation du marketing bien-pensant et cosmétique ou encore essaimer dans les assemblées générales en inspirant des résolutions portées par des actionnaires engagés. Nous pouvons surtout espérer que l’investissement responsable devienne la seule façon d’investir. Idéalement, il faudrait de toute urgence renouer avec l’esprit d’innovation et de rupture qui existait du temps des premiers fonds responsables.

L’investissement responsable va-t-il devenir le « standard » de l’investissement ? A quel horizon ?

Pour que cette tendance s’affirme à moyen terme, il existe quelques prérequis qui peuvent aller jusqu’à remettre en cause le fonctionnement des marchés et le comportement des investisseurs. Pour commencer, gagner en crédibilité, c’est-à-dire muscler la recherche et affiner les méthodologies, travailler à la convergence des modèles, attirer les meilleurs talents. Ensuite, battre en brèche la culture des résultats trimestriels, en totale contradiction avec l’approche de long terme indispensable pour faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés. Malheureusement, sous la pression des investisseurs, beaucoup d’entreprises persévèrent encore dans des pratiques qui obèrent leur capacité à investir dans le futur. Elles s’épuisent à justifier pourquoi leur bénéfice par action a dérapé de quelques centimes alors que les perspectives sont bonnes. Les investisseurs devraient être capables de voir au-delà des rapports annuels trop tournés vers le passé et pas assez vers les stratégies de long terme, les seules à donner des indications sur la manière dont les entreprises vont faire face, par exemple, aux ruptures technologiques ou au changement climatique. Nul doute qu'à l'avenir, les questions environnementales, sociales ou de gouvernance auront un impact financier réel et quantifiable. Encore faut-il donner « sa chance au produit ». La finance carbone pourrait être un accélérateur de cette tendance… Compte tenu de l’ampleur de la tâche, le chemin de la maturité sera long et sinueux.

Nul doute qu'à l'avenir, les questions environnementales, sociales ou de gouvernance auront un impact financier réel et quantifiable.

Avez-vous des recommandations pour que Sycomore AM se rapproche encore plus de l’objectif qu’elle s’est fixé : « humaniser l’investissement » ?

Nous sommes probablement allés trop loin dans la complexité des outils financiers au service d’un capitalisme prédateur. Pour autant, si ce constat est partagé, peu d’initiatives concrètes ont permis de faire revenir le balancier dans le bon sens, vers une finance au service des hommes et de leurs besoins. Chez Sycomore AM, le cap est clairement fixé et les intentions affichées. Ainsi la création de fonds dédiés remettant clairement l’humain ou l’environnement au coeur de vos stratégies d’investissement atteste de cette volonté. La difficulté consiste à concilier une forte exigence dans l’évaluation de chaque entreprise tout en tenant compte de la singularité de chaque parcours entrepreneurial. L’exemplarité et l’engagement de toutes les équipes demeurent le meilleur moyen d’inspirer, d’avancer et d’entraîner.
En conclusion, je souhaiterais finir par une anecdote personnelle qui fait écho à ce sujet « d’humanisation ».
En 1996, j’ai fait la connaissance de Soeur Nicole Reille, économe de la congrégation Notre Dame qui avait pris une décision incroyablement audacieuse, celle de créer un fonds de pension socialement responsable. Il s’agissait en l’occurrence de vendre quelques actifs immobiliers et de placer cet argent dans un fonds servant une retraite aux membres de la congrégation. Pas question cependant pour Soeur Nicole, avec sa congrégation, d’investir n’importe comment à l’aune de la seule rentabilité financière de court terme. Lorsque je lui ai présenté mon projet de création d’une agence de notation extra-financière, elle s’est montrée enthousiaste, « enfin vous allez nous aider à investir dans des entreprises respectant la dignité de l’homme au travail ».

Téléchargez l'interview de Geneviève Férone-Creuzet en pdf

Geneviève Férone-Creuzet est une pionnière de l’ISR (Investissement Socialement Responsable), spécialiste de la RSE et de la ville durable. Après avoir été associée à un cabinet d’intelligence économique, basé à San Francisco, elle fonde ARESE, première agence française de notation extra-financière sur les entreprises cotées. En 2006, elle devient directrice du développement durable,membre du comité exécutif du groupe Eiffage et lance Phosphore, le laboratoire de recherche sur le développement urbain durable. En 2008, elle est nommée directrice du développement durable du groupe Veolia Environnement. Elle préside le cabinet de conseil et de prospective Casabee.

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Retrouvez la tribune de Bertille Knuckey, co-gérante de Happy@Work et l’interview d’Anne-Sophie Godon, Directrice Innovation, Etudes & Veille, Directrice de la Stratégie et du Marketing de Malakoff Médéric, dans notre ISR Way consacrée au bien-être au travail.Lire

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11.05.2016
Découvrez tous les enjeux soulevés par notre méthodologie SPICE, vus sous le prisme de Tarkett dans la première édition 2016 de notre ISR Way. Retrouvez également le point de vue de Geneviève Férone-Creuzet, Directrice Générale et co-fondatrice de Casabee.Lire
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