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La finance en première ligne de la transition

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Quel rôle joue la finance en considération de la transition écologique et énergétique ? Quelles mesures permettraient d’orienter davantage de flux financiers vers les solutions en la matière ? Pourquoi faut-il prêter une importance accrue aux mesures d’impact environnemental des entreprises ? Pascal Canfin, DG du WWF France, décrypte ces questions dans le cadre de son interview pour notre ISR Way #7.

Les ONG jouent un rôle grandissant de stimulant et de vigilance sur de nombreux sujets. Quelle mission s’est assignée le WWF vis-à-vis de la finance ?

WWF

L’objectif du WWF est de transformer les règles du jeu des marchés pour les rendre soutenables sur le plan environnemental et cela inclut la finance. Nous sommes persuadés que la finance constitue un vecteur de changement extrêmement puissant. Je vous invite à lire les écrits de Luc Boltanski [1] sur la transformation du capitalisme : il y souligne que le pouvoir d’un acteur est proportionnel à sa « liquidité », c’est-à-dire à sa capacité à s’engager et à se désengager, à s’investir ailleurs. La finance de marché a une liquidité extrême et donc un pouvoir considérable. Elle constitue donc une cible prioritaire pour le WWF.

La finance constitue un vecteur de changement extrêmement puissant

De plus, nous avons la chance de nous trouver en France, dans une configuration particulièrement favorable portée par les initiatives des pouvoirs publics, comme l’article 173[2] ou le label TEEC, et par un écosystème dense d’acteurs engagés, comme l’illustre par exemple le lancement de Finance for Tomorrow dont le WWF fait partie. Autre exemple, la France a émis pour 9 milliards d’euros d’obligations vertes souveraines en 2017, ce qui la place clairement en position de leader. Ce pas ouvre la voie à un nouveau paradigme. Heureusement, les initiatives ne se limitent pas uniquement à la France ; la Commission européenne a lancé le High-Level Expert Group on Sustainable Finance visant à promouvoir une finance durable en Europe et qui doit livrer son rapport définitif fin 2017.

En tant que personnalité qualifiée, vous êtes justement membre du High-Level Expert Group on Sustainable Finance de la Commission européenne. Quel pourrait être l’impact de ses travaux ?

Ils ont déjà eu un impact, car les recommandations préliminaires publiées en juillet 2017 ont nourri les propositions législatives de la Commission européenne afin d’incorporer les risques liés à l’environnement, au climat et à la durabilité dans les mandats des 3 agences européennes[3] qui supervisent les banques, les assurances et les marchés financiers. De plus, via le groupe de travail européen sur les publications liées au climat ou TCFD[4], l’idée d’un article 173 européen fait son chemin. Deux grands principes gouvernent ces avancées :

  • Mesurer : c’est la première étape indispensable ; pour gérer le risque climatique, il faut d’abord le quantifier et le suivre ;
  • Aligner : il s’agit ensuite de favoriser progressivement l’orientation des flux financiers vers les solutions et non plus vers les investissements qui génèrent le plus d’externalités négatives.
Sustainable Finance

Les initiatives d’alignement avec les scénarios à 2°C sont de plus en plus nombreuses. 320 grandes entreprises dans le monde ont rejoint l’initiative, Science-Based Target, dans laquelle elles travaillent sur ce que signifie pour elles un monde à 2 degrés. Le WWF les accompagne d’ailleurs parfois directement pour définir leur propre trajectoire compatible avec les 2°C. Au niveau des Etats, l’adoption par la Suède et la France, par exemple, d’un objectif de neutralité carbone, à horizon 2045 et 2050 respectivement, constitue une bonne illustration d’un alignement avec l’objectif clé de l’accord de Paris.

Pour conclure sur le HLEG, d’autres propositions ont été transmises à la Commission et pourraient déboucher dès le sommet sur le climat organisé à Paris, le 12 décembre, par le président de la République.

Le 30 juin 2017 était la date limite de publication des reportings demandés par l’article 173 de la loi française sur la transition énergétique pour la croissance verte. Le panorama des publications est très hétérogène et peu pédagogique. Quel premier bilan tirez-vous de l’article 173 ?

Le WWF a entrepris cette année d’examiner les réponses fournies par les assureurs. Je vous invite à lire ce que nous avons publié sur le sujet fin novembre 2017. En bref, si certains assureurs ont affiché un travail d’alignement avec les 2°C, ce qui constitue une réelle avancée en matière de reporting, un travail important de vulgarisation reste à faire pour éclairer le citoyen.

Ce numéro de notre lettre ISR est consacré à l’impact environnemental des entreprises et à sa mesure par les investisseurs. Quel rôle peuvent jouer ces mesures d’impact ?

Elles sont déterminantes. Concernant la finance de marché, par exemple, il serait intéressant de connaître les types d’économie que financent les indices boursiers : quand j’achète un produit aligné sur le CAC 40, est-ce que j’achète un monde à 2, 3 ou 4 degrés de réchauffement climatique ? Aujourd’hui, cette information n’est pas disponible de manière transparente. Je pense que si l’on demandait explicitement aux épargnants s’ils souhaitent investir leur épargne dans un monde à 2 degrés de réchauffement ou dans un monde à 5 degrés, une part significative préfèrerait le monde à 2 degrés, ce qui conduirait à un changement important de l’allocation de l’épargne et donc de l’accès au capital. Tant que la gestion indicielle, dite « passive », restera imperméable aux critères d’impacts environnementaux, elle ne pourra pas, par construction, participer à la réorientation des flux financiers.

Tant que la gestion indicielle, dite « passive », restera imperméable aux critères d’impacts environnementaux, elle ne pourra pas, par construction, participer à la réorientation des flux financiers

De plus, les entreprises cotées ne représentent qu’une partie de l’économie, il ne faut pas l’oublier ! Beaucoup d’activités peu intensives en carbone comme l’éducation, la santé et les services à la personne se trouvent dans le non coté et le non marchand. Ainsi l’univers coté est sur-carboné et particulièrement non aligné avec les objectifs de durabilité. D’où l’importance de faire changer cela rapidement car nous sommes engagés dans une course contre la montre sur le climat.

Depuis votre nomination à la tête du WWF France en janvier 2016, quels changements marquants avez-vous observés ?

Outre les dynamiques évoquées, ce qui me frappe le plus est l’accélération des basculements dans les comportements quotidiens. Nous avons publié en octobre dernier une enquête Ifop avec le Parisien[5] sur la consommation des Français. A la question «Vous personnellement, vous arrive-t-il d’acheter des aliments ‘bio’ ?», la réponse des Français a radicalement changé en 20 ans : le 65% de «rarement ou jamais» est devenu 38%. Le comportement majoritaire a désormais basculé en faveur du bio en répondant «souvent ou de temps en temps» pour 62% !
Nous partageons ce constat encourageant avec les entreprises avec lesquelles nous travaillons et leur message est clair, le changement de paradigme vers une alimentation plus saine et plus écologique est en marche et il s’accélère !
Enfin, ces basculements sont à l’oeuvre dans de nombreux autres domaines, comme la mobilité ou encore l’énergie. Ils ouvrent une nouvelle ère !

Bio


Pascal Canfin, Directeur général du WWF France

Pascal Canfin

Pascal Canfin est directeur général du WWF France, l’une des premières organisations de protection de l’environnement au monde. Il est également membre du « High Level Expert Group on Sustainable Finance », Groupe d'Experts de Haut Niveau sur la Finance durable, auprès de la Commission européenne. Diplômé de Sciences Politiques et de l’Université de Newcastle, Pascal Canfin est d’abord journaliste chez Alternatives Economiques où il se spécialise notamment sur la question de la responsabilité sociale des entreprises, avant d’être élu député européen. Au Parlement européen de juin 2009 à mai 2012, puis de mai à juillet 2014, il négocie notamment plusieurs projets législatifs sur la réforme financière. En mai 2012, Pascal Canfin est nommé ministre délégué au Développement dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. A cette fonction, il entend « faire de la soutenabilité un impératif pour la politique française de développement ». Il fait évoluer les politiques de financement de projets de l’Agence Française de Développement et donne l’impulsion du premier projet de loi d’orientation et de programmation sur le développement et la solidarité internationale. Dans le cadre de la préparation de la COP21, Pascal Canfin est Conseiller principal pour le climat du World Resources Institute (WRI) et copréside la Commission pour les financements innovants en faveur du climat, mise en place par le président de la République.

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Les opinions et estimations données constituent notre jugement et sont susceptibles de changer sans préavis, de même que les assertions quant aux tendances des marchés financiers, qui sont fondées sur les conditions actuelles de ces marchés. Nous pensons que l'information fournie dans ces pages est fiable, mais elle ne doit pas être considérée comme exhaustive. Ces données, graphiques ou extraits ont été calculés ou effectués sur la base d'informations publiques que nous estimons fiables mais qui toutefois n'ont pas fait l'objet d'une vérification indépendante de notre part.

[1] Sociologue français né en 1940, Luc Boltanski a notamment publié sur la transformation du capitalisme Le nouvel esprit du capitalisme, rédigé avec Ève Chiapello en 1999 et Enrichissement, une critique de la marchandise, avec Arnaud Esquerre en 2017.

[2] Article de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte votée le 17 août 2015 et entré en vigueur fin 2015.

[3] Autorité Bancaire Européenne, Autorité Européenne des Assurances et de Pensions Professionnelles et Autorité Européenne des Marchés Financiers.

[4] Task Force on Climate-related Financial Disclosures.

[5] http://awsassets.wwfffr.panda.org/downloads/171010_sondage_wwf_ifop_agriculture.pdf

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