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Accompagner le développement d'un monde plus durable

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A l’heure de la loi PACTE, Bruno Le Maire, Ministre de l’Economie et des Finances, partage avec nous sa vision de la Finance Utile, du rôle des acteurs de la finance ainsi que de l’Etat pour que le changement de paradigme en cours puisse atteindre le plus grand nombre. Explications.

Que vous évoque le terme de « Finance Utile » ? Pour beaucoup de français, la « Finance Utile » est un oxymore. Comment s'assurer que la finance serve les épargnants, l’environnement et la société dans son ensemble ? Comment réconcilier le monde de la finance avec les citoyens ?

Je vais vous répondre très simplement : une finance utile est une finance au service du bien commun, qui contribue à la réalisation des aspirations de notre société, notamment en termes de qualité de vie. Les dérives de la finance, comme on a pu le voir durant la crise, sont lourdes de conséquences pour l’économie réelle et les épargnants. Mais, la finance, c’est surtout une variété d’instruments qui permettent de financer des choix de société tournés vers l’avenir, essentiels au dynamisme de nos entreprises et à la réalisation des projets de nos concitoyens.

Plusieurs chantiers sont nécessaires pour éviter les dérives du passé et mieux aligner les intérêts de la finance et de la société dans son ensemble. d’abord en continuant les réformes profondes du système financier engagées après la crise de 2008, pour que ce dernier soit plus résilient, plus stable, plus transparent et plus efficace.

Ensuite, redonner du sens, avec une finance qui répond aux grands défis auxquels nous sommes confrontés ; et en premier lieu le défi climatique. Cela signifie agir pour respecter les engagements de l’accord de Paris etrendre les flux financiers compatibles avec la transition vers une économie résiliente et sobre en carbone.

Enfin, rendre la finance durable accessible aux Français pour leur permettre, notamment,de faire le choix de financer par leur épargne la transition écologique.

Evolution de l'encours des fonds verts


Aujourd’hui, l’offre d’investissement responsable vous paraît-elle pertinente et suffisante pour permettre aux épargnants d’être acteurs d’un monde plus durable ?

L’investissement responsable a bénéficié durant les dernières années d’une dynamique très positive et je m’en félicite.

En particulier, les fonds à vocation « verte » ont vu leurs encours fortement progresser et cela constitue un pas dans la bonne direction. Mais si nous voulons répondre au défi climatique, nous devons continuer à travailler pour rendre la finance verte encore plus accessible aux épargnants.

Pour parvenir à cette fin, j’ai pris deux engagements lors du Climate Finance Day qui s’est tenu à Paris le 11 décembre 2017, et qui entreront pleinement en vigueur d’ici décembre 2018. j’ai d’abord souhaité que les Français détenant un contrat d’assurance vie puissent opter pour une solution d’investissement verte labélisée Transition Énergétique et Écologique pour le Climat (TEEC) ou Investissement Socialement Responsable (ISR). d’autre part, j’ai également proposé que la totalité de la collecte du Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS) soit affectée au financement de projets à impact carbone positif. à travers ces deux produits d’épargne et de placement populaires, les Français qui le souhaitent peuvent d’ores et déjà donner ce sens à leur épargne.


Quel est le rôle des investisseurs et des acteurs de la finance (banques, assureurs, gérants d’actifs, …) pour servir cette ambition ?

Le rôle des acteurs du monde financier dans cette perspective est très clair : ils doivent mettre en œuvre une gestion adéquate, et une bonne compréhension des risques et opportunités associés à la transition vers une économie bas-carbone. Une bonne intégration des enjeux climatiques dans les décisions des institutions financières, via des processus d’identification et de gestion du risque de qualité est indispensable à un financement durable et pérenne de notre économie ; c’est la raison d’être de notre secteur financier.
Face à des risques complexes, qui par nature sont de moyen et long termes, il convient d’encourager les acteurs à mener une réflexion profonde sur l’impact du changement climatique pour leurs institutions, en adoptant par conséquent une vision plus prospective dans l’appréciation des risques pris. C’est ce constat qui a présidé à l’adoption en 2015 de la loi en faveur de la transition énergétique pour la croissance verte et de son article 173. C’est aussi pour cela que nous soutenons les conclusions de la task-force du G20 sur la transparence climatique dans le secteur financier (TCFD).

La génération d’informations pertinentes permettra aux acteurs tout au long de la chaîne de valeur de s’approprier ces enjeux. En premier lieu, les entreprises en communiquant aux investisseurs comment elles se préparent au changement climatique, et comment leur activité sera affectée par les phénomènes climatiques; puis les investisseurs par une meilleure allocation des capitaux, prenant en compte une compréhension fine des risques et opportunités climatiques. Cette plus grande transparence apportée aux marchés bénéficie, in fine, aux Français, qui peuvent mieux orienter leur épargne et faire un choix plus informé.

Le renforcement de l’information participera également à une analyse plus granulaire de la part des superviseurs, qui pourront mieux appréhender les risques physiques et de transition liés au changement climatique. je tiens d’ailleurs à souligner le rôle décisif de la Banque de France dans le lancement du Réseau pour le Verdissement du Système Financier dont elle assure le secrétariat. En effet, la création de ce réseau de banques centrales et superviseurs ouvre la voie à une réflexion essentielle sur la gestion du risque climatique dans le secteur financier.

Une bonne intégration des enjeux climatiques dans les décisions des institutions financières (...) est indispensable à un financement durable et pérenne de notre économie


Quel est le rôle de l’etat ? En particulier, quel rôle peuvent jouer les labels publics, à l’instar des labels TEEC et ISR depuis 2016 ?

Le rôle de l’État est avant tout de donner l’exemple. Il serait inacceptable de donner des leçons au secteur privé dans le confort de l’inaction. C’est pourquoi j’ai souhaité que les investisseurs publics mettent leurs activités en cohérence avec les objectifs de l’accord de Paris. Cet engagement de la part des investisseurs publics (la Caisse des dépôts et Consignations et Bpifrance en premier lieu) est de taille : leur bilan s’élève à 626 milliards d’euros. Il est aussi substantiel,puisqu’à travers lui, ces investisseurs s’engagent à intégrer les enjeux climatiques à la prise de décision, financer la transition énergétique, engager un dialogue de fond avec les entreprises et diffuser les meilleures pratiques. Cet engagement est déjà concret et ces institutions rendent compte de leur action dans leurs communications annuelles respectives.

La volonté de l’État d’être exemplaire se manifeste aussi à travers sa décision en 2017 d’émettre une obligation d’État, une OaT verte adossée à des dépenses en faveur de la transition énergétique. En devenant le premier État au monde à émettre un emprunt vert pour une taille de référence, qui a depuis été ré-abondé quatre fois pour atteindre un encours total de 14,8 milliards d’euros - ce qui en fait l’obligation verte la plus importante au monde de par sa taille et sa liquidité - la France contribue significativement au renforcement du marché des obligations vertes. Elle donne également l’exemple par le standard de qualité qu’elle promeut : transparence, en publiant un rapport annuel sur l’allocation et la performance de ces dépenses ; évaluation des politiques publiques,en dotant cette OAT d’un conseil d’évaluation indépendant,présidé par Manuel Pulgarvidal, ancien ministre de l’Environnement du Pérou et président de la COP20, chargé d’évaluer l’impact environnemental des dépenses adossées aux émissions de l’OAT verte.

Volume d'émissions d'emissions vertes en France


L’action de l’État doit aussi s’articuler autour de la promotion de standards exigeants pour les produits à vocation environnementale ou sociale. Le rôle des labels est crucial car ils permettent de protéger les investisseurs contre le risque d’éco-blanchiment en leur proposant des solutions dont la qualité est assurée par un audit indépendant, mais aussi de renforcerla visibilité de ce type de gestion, et donc d’accroître l’attractivité de la place de Paris qui peut, en la matière, se vanter d’un savoir-faire reconnu à l’international.

L’action de l’état doit aussi s’articuler autour de la promotion de standards exigeants pour les produits à vocation environnementale ou sociale


En outre, et c’est évident, atteindre les objectifs de l’Accord de Paris représente un défi économique qui ne pourra être relevé qu’en mobilisant de manière très large. Avec nos partenaires européens tout d’abord. Nous avons engagé à cet égard des travaux concrets dans les institutions européennes : en travaillant sur les exigences relatives aux communications extra-financières, et sur l’intégration des préférences ESG dans la gestion d’actifs, nous œuvrons pour permettre aux Européens de mieux orienter leur épargne, et pour donner du sens à celle-ci. En établissant une taxonomie verte au niveau européen, nous développons une langue commune et une meilleure capacité à déterminer quelle activité est soutenable, et quelle activité ne l’est pas. je suis convaincu que cette réflexion, qui doit être menée avec la puissance publique, et à une échelle internationale, est indispensable pour permettre à la finance d’accompagner le développement d’un monde plus durable.

Ensuite, au-delà de la finance, les comportements des agents économiques doivent changer dans tous les secteurs grâce à la mise en place de politiques climatiques adéquates. Il est capital de mettre en place les conditions propices au déclenchement d’investissements verts, en affichant de manière claire notre trajectoire de transition et en mettant en place un signal-prix adéquat. À cet égard, la visibilité, notamment réglementaire, donnée aux investisseurs est une dimension critique, seule une stratégie constante au cours du temps permettra d’envoyer un message sans ambiguïté aux investisseurs : l’État ne fera pas peser de risques supplémentaires sur vos investissements en faveur de la transition. Atteindre les objectifs de l’Accord de Paris nécessitera également de favoriser l’innovation pour permettre aux technologies adéquates de se développer.

Enfin, la coopération des secteurs privés et publics est essentielle. Le Président a tenu le 26 septembre à New-York, une réunion de suivi du One Planet Summit pour encourager l’action multilatérale des acteurs publics et privés en faveur du climat.

Bruno Lemaire

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Bruno Le Maire, homme politique et diplomate français, est l’actuel ministre de l’Economie et des Finances dans le gouvernement d’Edouard Philippe sous la présidence d’Emmanuel Macron.
Normalien, agrégé de lettres modernes, diplômé de Sciences Po Paris et ancien élève de l’ENA, Bruno Le Maire commence sa carrière comme conseiller des affaires étrangères au Quai d’orsay.

Il devient, en 2002, conseiller pour les affaires stratégiques du ministre des Affaires étrangères puis conseiller auprès du ministre de l’Intérieur en 2004. En 2005, il suit dominique de Villepin à Matignon où il occupe les fonctions de conseiller puis de directeur de cabinet du Premier ministre de 2006 à 2007. En juin 2007, il est élu député de la première circonscription de l’Eure. Il devient, en décembre 2008, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes dans le gouvernement de François Fillon puis est nommé, en juin 2009, ministre de l’agriculture et de la Pêche, poste qu’il occupe jusqu’en mai 2012. Il est réélu député de l’Eure en 2012. Il démissionne de la haute fonction publique (corps des conseillers des affaires étrangères) en octobre 2012.

Il est candidat à la présidence de l’UMP en novembre 2014 puis à la primaire de la droite et du centre en novembre 2016. Il est réélu député de l'Eure en 2017.

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ISR Way #9 : la Finance Utile

26.09.2018
Que signifie "être utile" ? Quel est le rôle de la finance ? Qu'entendons nous en parlant de "Finance Utile" ? Telles sont les questions auxquelles cette édition de l'ISR WAY cherche à répondre, en donnant la parole aux Français, à travers la restitution d'une étude menée par Sycomore AM...Lire
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