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Replacer l'utilité au cœur de la finance

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Qu’est-ce que l’utilité ? A quoi sert la finance ? Qu’est-ce qu’un investissement utile ? Comment mesurer l’utilité d’un investissement ? Bertille Knuckey, Responsable de la Recherche ESG et Gérante senior, répond à ces questions en revenant sur les théories économiques concernant l’utilité et aux concepts formulés par de grandes institutions telles que l’OCDE. Détails.

Qu'est-ce que l’utilité ?

Tout agent rationnel cherche à maximiser son « utilité », c’est-à-dire la satisfaction qu’il retire de la consommation d’un bien. Ce concept néoclassique est proche de l’utilisation qui est faite du terme « utile » dans la vie courante : « qui peut servir à quelqu’un, lui être profitable, lui procurer un avantage »[1].

Mais si chacun maximise son utilité personnelle, qu’advient-il du « bien commun » ?

Les utilitaristes Jeremy Bentham et John Stuart Mill se sont éloignés de la notion individualiste de l’utilité. Selon eux, est « utile » ce qui contribue à maximiser le bien-être d'une population même si cela s’opère parfois au détriment du bien-être de certains individus. Le défi aujourd’hui est de parvenir à la fois à maximiser le bonheur de tous et de chacun.

« Ne laisser personne de côté » est d’ailleurs un objectif central de la feuille de route adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2015 : les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) pour éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la prospérité pour tous prévoient, en effet, d’aider en priorité les personnes les plus défavorisées[2].

... Réduire les écarts. Combler les fractures. Redonner confiance en rassemblant les personnes autour d’objectifs communs. L’unité est notre chemin. Notre futur en dépend.
António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies.

A quoi sert la finance ?

La finance permet de combler le décalage qui existe, à un instant « t », entre les besoins d’une entreprise (acheter des matières premières, investir dans son outil de production, verser des salaires, etc.) et ses ressources propres, qui dépendent de sa capacité à générer des profits. Le recours à des capitaux externes, facilité par la finance, est en ce sens un outil clé pour concrétiser des projets entrepreneuriaux et atteindre des objectifs économiques et sociétaux.

L’épargne disponible dans la société n’étant pas illimitée, la finance a pour mission d’allouer le capital le plus efficacement possible, en évaluant le potentiel et le niveau de risque associés à chaque projet. En effet, pour que le système fonctionne, les capitaux doivent être investis dans les projets qui créent le plus de valeur et permettent à leur tour de financer de nouveaux projets.

Au-delà de l’allocation du capital, le système financier endosse également la responsabilité de gérer le risque inhérent à l’investissement : les apporteurs de capitaux externes ne se limitent pas à évaluer le niveau de risque d’un investissement, ils apportent aussi des solutions pour mieux les gérer, par exemple en mutualisant les risques au sein d’une compagnie d’assurance ou encore en les répartissant entre un grand nombre d’acteurs sur les marchés financiers.

Malheureusement, aujourd’hui, pour des pans entiers du secteur financier, la finance n’est plus une ressource au service de l’économie réelle, elle est devenue une fin en soi. Cette financiarisation de l’économie présente des dangers et n’est pas « utile » pour la société[3] car bien qu’elle permette certainement de maximiser le bien-être de quelques individus, elle ne contribue pas à la maximisation du bonheur de tous[4].

Une entreprise « financiarisée » ne dit plus, par exemple : « Nous allons produire un million de vaccins et pour cela nous devons nous endetter » mais « nous allons accroître notre rentabilité de 20% et pour cela nous devons produire un million de vaccins »
Pierre-Yves Gomez[12]

La crise des subprimes a montré comment des produits financiers de plus en plus complexes, opaques et décorrélés de l’économie réelle, ne remplissant ni la mission d’allocation des capitaux ni celle de la gestion des risques, pouvaient déstabiliser l’ensemble du système au point d’engendrer une crise économique mondiale aux conséquences sociales bien réelles et durables. Elle a renforcé la défiance de la société à l’égard du secteur financier, si bien que le concept de « Finance Utile » ressemble pour beaucoup à un oxymore. Au-delà des crises, les excès de la financiarisation contribuent à l’enrichissement d’un très petit nombre d’individus et, structurellement, à l’accroissement des inégalités, aujourd’hui identifié comme un risque systémique majeur.

La notion d’utilité s’applique pourtant et plus que jamais aux acteurs et aux produits financiers : ceux qui ne contribuent pas au bien commun sont non seulement « inutiles », mais dangereux pour la stabilité, la sécurité et le bien-être de tous. Pour ne pas disparaître, il est urgent que chaque acteur se pose la question de son utilité. Dans le meilleur des cas, il suffira ensuite de démontrer la contribution positive de son action sur l’environnement et/ou la société et, dans le pire des cas, de repenser sa vision et sa stratégie en conséquence.

Qu'est-ce qu'un investissement utile ?

D’après l’OCDE, les « impacts » sont des « effets à long terme, positifs et négatifs, primaires et secondaires, induits par une action de développement, directement ou non, intentionnellement ou non »[5]. Une distinction est souvent faite entre les effets directs, appelés résultats, et les impacts qui sont des effets à plus long terme (cf. schéma ci-dessous).

Schéma

Principes et critères évaluatifs d’une action de développement[6]

En 2018, plus de 1 000 praticiens ont contribué à clarifier la manière de parler, mesurer et gérer les impacts à travers l’Impact Management Project[7]. Cinq dimensions sont clés pour évaluer l’impact d’une action :

  1. 1.Identifier le type d’effets que peut avoir une action sur des personnes et/ou l’environnement ;
  2. 2. Quantifier l’importance de ces effets : combien de personnes sont affectées ? Pendant combien de temps ? Est-ce réversible ?
  3. 3. Isoler les parties prenantes qui sont affectées par ces effets ;
  4. 4. Que serait-il advenu si ces effets n’avaient pas existé ? Quelle est leur contribution ?
  5. 5. Recenser les facteurs de risque les plus importants et la probabilité que leur impact soit différent de celui attendu.

D’après le Global Impact Investing Network (GIIN[8], près de 230 milliards de dollars à travers le monde sont actuellement investis en vue de générer un impact social ou environnemental en plus d’un retour financier[9].
Au-delà de ces cinq dimensions, ces investissements doivent avoir un objectif clair, évaluer, à l’aide d’indicateurs, la performance en vue d’atteindre cet objectif, et publier un rapport sur cette même performance[10].
Chez Sycomore AM, nous qualifions un investissement d’« utile » quand celui-ci concilie performance financière et contribution positive pour la société et/ou l’environnement..

Comment mesurer « l’utilité » d’un investissement ?

Au-delà de gérer des produits spécifiques, mesurer la performance durable et responsable de nos investissements fait partie intégrante de notre mission d’investisseur responsable. dès 2015, nous avons travaillé à la définition d’une mesure de contribution environnementale (Net Environmental Contribution®) et travaillons actuellement à une mesure de la contribution sociétale des entreprises (The Good jobs Rating). depuis 2018, nous publions des indicateurs de performance ESG pour nos fonds labélisés ISR[11].

Découvrez notre ISR Way dédiée à la Finance Utile en cliquant ici >>

[1] Dictionnaire Larousse

[2] https://unstats.un.org/sdgs/files/report/2016/secretary-general-sdg-report-2016--FR.pdf, p. 27

[3] Rana Foroohar, Makers and Takers: The Rise of Finance and the Fall of American Business, 2016

[4] Variétés de financiarisation et accroissement des inégalités », Olivier Godechot, 2015, sur le lien entre financiarisation et croissance des inégalités.

[5] Glossaire OCDE, 2002 : https://www.oecd.org/dac/evaluation/2754804.pdf, p.24

[6] SG-MAP (2015) « Memo de l’évaluation des politiques publiques : principes, processus et méthodes », Sycomore AM.

[7] Impact Management Project : http://www.impactmanagementproject.com/about/.

[8] Association internationale qui cherche à accélérer le développement de l’impact investing à travers le monde par la collaboration : https://thegiin.org/about/.

[9] https://thegiin.org/assets/2018_GIIN_Annual_Impact_Investor_Survey_webfile.pdf, p.3

[10] Principales caractéristiques de l’impact investing : https://thegiin.org/impact-investing/need-to-know/#core-characteristics-of-impact-investing

[11] https://www.sycomore am.com/5a7b0b20-. Sycomore_AM_Reporting_performance_ESG_2016_Fonds_ISR_vf.pdf Ces reportings sont à lire conjointement avec leur protocole de reporting : https://www.sycomore-am.com/5ae2cefb-Sycomore_AM_Reporting_de_performance_ESG_Protocole_v3_27042018.pdf

[12] Pierre-Yves Gomez, le travail invisible, 2013

Nos Publications

ISR Way #9 : la Finance Utile

26.09.2018
Que signifie "être utile" ? Quel est le rôle de la finance ? Qu'entendons nous en parlant de "Finance Utile" ? Telles sont les questions auxquelles cette édition de l'ISR WAY cherche à répondre, en donnant la parole aux Français, à travers la restitution d'une étude menée par Sycomore AM...Lire
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